Archives mensuelles : mars 2016

Le Syndic boiteux

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C’est un courriel, tombé un matin dans la boîte d’Hubert Lesage, qui déclencha la suite des événements. On lui proposait d’essayer gratuitement un logiciel de généalogie, avec une option d’achat alléchante à la clé.

Lesage est un patronyme assez courant et plutôt flatteur, mais Hubert ne s’en était jamais préoccupé. Pourquoi pas ? se dit-il. Il découvrit bientôt que son nom de famille se classait au 248e rang des patronymes de France et, en quelques semaines, put remonter son arbre généalogique jusqu’à Alain-René, né à Sarzeau (Loire-Altlantique) en 1668 et mort à Boulogne-sur-Mer en 1747.

Cet ancêtre s’était illustré, apprit-il avec joie, pour avoir adapté au goût français de son époque, avec des succès divers, plusieurs ouvrages d’auteurs castillans, inconnus en France.Il apprit encore que, fils de notaire, dépouillé de sa fortune par son tuteur, éduqué chez les Jésuites, fin lettré, Alain-René Lesage entra dans l’administration royale de sa région, où il fut victime d’une cabale ; que, devenu avocat sans causes, il tenta alors de vivre de sa plume, comme romancier et dramaturge, sans grand succès, jusqu’à la parution en 1707 d’un ouvrage intitulé Le Diable boiteux.

C’était un roman picaresque, apprit-il toujours. Ce qui veut dire que son héros n’est pas d’une moralité exemplaire et, sous prétexte d’éduquer, nous dépeint allègrement les vices et travers d’une société, en l’occurrence en soulevant le toit des habitations de la ville à l’insu de ses habitants, le tout dans un style alerte et une veine enjouée.

En dépit du vocabulaire désuet et d’une syntaxe bien plus complexe que celle qu’il pratiquait, Hubert dévora les 350 pages de l’ouvrage, en trois soirées.

La quatrième nuit, il fit un rêve, endossant les habits du Diable boiteux, avec tous les moyens que la technologie d’aujourd’hui mettait à sa disposition. À son réveil, cela lui donna une idée, qu’il mit aussitôt à exécution. Continuer la lecture