De la Côte d'Opale à la Côte de Grâce 

Une semaine rêvée des Deux Caps à Deauville, du 23 au 27 juin 2014

Effet du réchauffement climatique ou conjoncture astrale faste, toujours est-il que nous avons connu cette semaine-là une météo, comme on n'en avait pas enregistré depuis longtemps "dins chnoord". Une aubaine pour nous autres, venus par là pour un mariage dans l'Oise et bien décidés à rentabiliser au mieux un voyage en contrée réputée hostile, climatiquement parlant s'entend, car chacun sait depuis Enrico, que "les gens du Nord ont dans le cœur le soleil qu'il n'ont pas dehors". Eh bien, nous allons vous montrer que le soleil luit aussi grandement entre Sangatte et Deauville, même un peu trop pour le photographe qui préfère souvent les ciels ennuagés à l'azur uniforme.

 

Ce périple commence au Cap Blanc Nez, le premier des "Deux Caps", où nous découvrons l'obélisque de granit dédié à la "Dover Patrol".

Construit entre 1920 et 1922, de 23 mètres de haut, il symbolise le sacrifice des soldats anglais et français qui ont défendu le Pas-de-Calais lors de la Première Guerre mondiale. Deux autres monuments à la "Dover Patrol" existent, l'un à Douvres, cela va de soi, identique à celui de Calais, et l'autre, plus curieusement, dans un parc de Brooklyn, à New York. Les trois sont l'œuvre de Sir Aston Webb.

Notre cap à l'Ouest commence par cette vue du village d'Escalles, depuis le Mont d'Hubert, large colline qui domine la région de ses 150 mètres.

 Les falaises de Wissant et les chemin et sentier qui les longent, vus depuis le Mont d'Hubert. Un camp de trois hectares, du Néolithique moyen a été découvert en 2010, lors de la construction du parking que l'on voit sur cette photo.

Lorsqu'on relève le regard, l'on découvre le village de Wissant et, fermant l'horizon, le Cap Gris Nez.

Au nord du Cap, sur la commune d'Audinghen, depuis le sentier des douaniers, vue sur La Sirène, excellent restaurant de poissons et fruits de mer au second plan, et sur le Cap Blanc Nez en arrière-plan.

Au sud du Cap, susbiste un vestige fameux de la 2e Guerre Mondiale : la Batterie Todt (ex Siegfried), la deuxième plus importante du Mur de l'Atlantique. Ici, vues partielles des casemates 2 et 3 , situées dans le hameau Haringzelles, toujours sur la commune d'Audinghen.

C'est un matin encore frais, mais au ciel immaculé. Nous approchons à pied du phare du Cap Gris Nez. Son fût clair se détache du bleu qui l'entoure. Reconstruit en 1952 en pierres claires, percé de petites fenêtres carrées, il s'élève à 31 mètres et son feu porte à 29 milles nautiques.

Des moutons paissent dans les prairies qui l'entourent,

dont une bonne partie ont été acquises par le Conservatoire du Littoral

Légèrement plus au sud, un panneau intrigant sur le bord de la route, nous incite à aller découvrir Cran-aux-œufs. Fréquentée par des habitués et les habitants du petit hameau voisin, on rejoint cette plage par un sentier très pentu et créé par le passage des plus courageux dans la falaise déchiquetée. Une fois dans cette crique (cran), on a l’impression d’être seul au monde dans un endroit totalement sauvage où les vagues viennent terminer leur course sur les "galets".

En fait de "galets", au nord comme au sud, la plage est tapissée de roches plus ou moins plates et arrondies, de toutes tailles, mais néanmoins respectables. Sont-ce là les "œufs" dont il est question ? Des eaux turquoises baignent l'ensemble. L'endroit se mérite, car le sentier est malaisé, limite un peu dangereux.

À six kilomètres de là, la rivière Slack étire ses méandres pour déboucher en mer à Ambleteuse.À

Là, se dresse un des derniers forts en mer subsistants, une construction de 1680, due à Vauban, Fort Mahon. En demi-lune côté mer, il offre côté terre l'aspect massif d'un château-fort dont le donjon aurait été remplacé par une tour d'artillerie. Ses toitures de tuiles rouges tranchent sur le bleu du ciel, mais la marée montante nous interdit d'en faire le tour à pied sec. Tant pis.

Quelques kilomètres plus loin, nous découvrons une inflexion en avant du rivage, la Pointe aux Oies, sans doute ainsi nommée en raison des passages d'oiseaux migrateurs. Située devant le golf de Wimereux, elle ferme les dunes de la Slack qui s'achèvent là.

Quand nous tournons nos regards vers le sud, c'est Wimereux et son anse que nous voyons. En raison de palissades dressées pour travaux sur la promenades du bord de mer, nous n'y ferons qu'une courte halte.

Et nous voilà déjà à Boulogne-sur-Mer. Je n'ai retenu que deux clichés de tous ceux pris dans la vieille ville. Le premier, c'est le dôme néo-classique de la basilique Notre-Dame-de-l'Immaculée-Conception, qui s'élève à 101 mètres au-dessus de la vieille ville. L'édifice fut construit par l'abbé Benoît-Agathon Haffreingue entre 1827 et 1866 et renferme des trésors.

La seconde, c'est l'Hôtel de ville et sa façade de brique et de pierre, datée de 1734, avec en arrière-plan le beffroi de la ville, ancien donjon d'un premier château, aujourd'hui disparu.

L'après-midi nous verra parcourir les 32 kilomètres qui nous séparent du Touquet-Paris-Plage, la célèbre station balnéaire du Nord. Voici son hôtel de ville, au beffroi à demi enmaillotté, éclairé par le soleil déclinant. Son allure de cathédrale laïque, mêlant la pierre et la brique représente assez bien la fantaisie architecturale des grandes villas qui ont fait la réputation du Touquet

Ce soir-là, nous dormirons à Stella-Plage, quelques kilomètres au sud. En cette fin juin, la petite station est encore calme et ses rues tranquilles, comme sa plage, livrées à de rares promeneurs

Le lendemain nous verra faire une incursion à l'intérieur des terres, une trentaine de kilomètres plus bas. Nous voulons voir l'abbaye de Vallloires, ses roses et ses jardins que l'on nous a vantés. Ici, le cloître

L'abbaye cistercienne de Valloires, dans le val d'Authie, sur la commune d'Argoules, a été fondée en 1137 par les Comtes de Ponthieu. Sur ce cliché, la partie consacrée à l'hôtellerie

Aujourd'hui l'abbaye est propriété de l'association fondée en 1922 par Thérèse Papillon, une infirmière-major de la Grande Guerre, qui y fonda un préventorium qui a fonctionné jusqu'en 1974. Aujourd'hui, une partie est consacrée au séjour d'enfants en difficulté, l'autre est réservée à l'hébergement des visiteurs. Sur ce cliché, une annexe de style normand.

Les jardins de l'abbaye ont été aménagés par Gilles Clément et ouverts au public en 1989.

Grand parterre à la française

Allée dans le goût anglais

Rangée de charmes taillés en cône

Impossible de quitter Valloires sans emporter un souvenir de sa magnifique roseraie 

Si les parcs et jardins ordonnés ont leur charme, les fleurs champêtres aussi, comme ce champ rencontré sur la route du Marquenterre

Avec ses 200 hectares de dunes, forêts et marais au cœur de la réserve naturelle de la baie de Somme, le parc du Marquenterre est depuis 40 ans un haut lieu de l’ornithologie en Europe et sert de refuge à des milliers d’oiseaux migrateurs. Ici, des oies bernaches

À une quinzaine de kilomètres plus au sud, tout près de Saint-Valéry-sur-Somme, se trouve une curieuse enceinte, où l'on pénètre par une porte ornée d'idéogrammes chinois.

Comment s'explique la présence de ce cimetière chinois de Nolette, sur la commune de Noyelles-sur-mer ? Pendant la Première Guerre mondiale, Noyelles abritera une importante base arrière britannique dont un grand camp de travailleurs immigrés chinois. Près de 12 000 coolies furent recrutés par l'armée britannique pour des tâches civiles à l'arrière du front mais certains connaîtront les zones de combat. Ils avaient l'interdiction de se mêler à la population civile du lieu et étaient affectés à des tâches ingrates et rudes. Beaucoup sont morts d'une épidémie de choléra qui a sévi dans le camp, de tuberculose et surtout de la grippe espagnole en 1918-1919, certains furent tués au combat. 

Depuis 1921, ce cimetière regroupe 849 stèles de marbre blanc ornées d'inscriptions en anglais ainsi que d'idéogrammes en chinois et sur quelques-unes, très rares, le nom du défunt. 

Nous voici à Saint-Valéry-sur-Somme, sur la digue qui borde le canal de la Somme, qui sépare Saint-Valéry du Crotoy, en face.

À l'entrée de la vieille ville, la « Porte Guillaume » encore appelée « Porte du Haut » ou « Porte Jeanne d’Arc » en souvenir de son passage par cette porte en décembre 1430 avant de se rendre à Rouen pour être jugée, est l'un des vestiges les plus anciens de la ville. Les deux tours existaient déjà, semble-t-il, lors de l’escale forcée de la flotte du duc de Normandie, Guillaume le Conquérant en 1066 partant à la conquête de l'Angleterre.

De l'esplanade précédant cette entrée de la vieille ville, on a une vue superbe sur Le Crotoy et les herbus de l'estuaire de la Somme

À l'opposé, la porte dite de Nevers, en grès, silex et brique, comme d'autres bâtiments de Saint Valéry, date du XVIe siècle

À l'extrémité sud de l'estuaire de la  Somme, se trouve Le Hourdel, hameau de Cayeux-sur-Mer, connu pour trois choses :  son petit port de pêche et plaisance, aujourd'hui quelque peu délaissé pour le Crotoy, en raison de l'ensablement de la baie, l'importante colonie de phoques communs ou veaux marins que l'on peut y observer

et son phare, de 1948, en béton armé, haut de 18 mètres.

À six kilomètres de là, vers le sud, de trouve la petite station de Cayeux-sur-Mer. Cayeux pour cailloux, parce que sa plage est constituée uniquement de galets siliceux, encore exploités sur place par deux entreprises

L'originalité ce cette station balnéaire picarde, outre ses galets, c'est sa promenade de planches, longue de deux kilomètres, et bordée de cabines de bain colorées pleines d'attrait

Environ 400 cabines, souvent dans des tons pastels, soigneusement peintes et repeintes, s'alignent le long de la promenade. 

À Ault, commencent les falaises de craie qui vont se poursuivre jusqu'à l'estuaire de la Seine. Hautes de 38 mètres, elles reculent en moyenne de 30 centimètres par an.

Immédiatement au nord d'Onival, on trouve le Hâble-d'Ault, espace naturel protégé composé principalement de terrains sédimenteux aux espaces enherbés plutôt marécageux, gagnés sur la mer et riches en espèces d'oiseaux diverses. C'est ce que l'on aperçoit ici en arrière-plan.

Vue des falaises d'Ault depuis la plage de Mers-les-Bains

Entre Ault et Mers-les-Bains, débouche une "valleuse", connue sous le nom de Bois de Cise (en pays de Caux, la valleuse est une dépression du terrain permettant l'accès à la mer. Sur le reste de la côte, cet accès est empêché par la hauteur des falaises crayeuses). Ce village-hameau est caractérisé, comme son nom l'indique, par l'implantation de jolies villas typiques dans un cadre très verdoyant car… boisé.

Les falaises de Mers-les-Bains prolongent celles d'Ault

Et, depuis Cayeux, ces plages de galets sont souvent divisées par des épis de béton, disposés tous les cinquante ou cent mètres, qui visent à ralentir l'érosion du rivage en cassant les vagues

Mers-les-Bains, vue depuis le Tréport

Le front de mer de cette station balnéaire, les rues adjacentes et le centre-ville sont classés en site patrimonial remarquable depuis 1986. 

 Toute cette zone comprend des villas caractéristiques de l'architecture balnéaire avec de nombreuses influences (anglaise, flamande, Art nouveau,…).

Vue de la plage de Mers-les-Bains, avec au fond, le port et les falaises du Tréport

Plagistes de l'avant-saison à Mers-les-Bains

La ville du Tréport depuis le Tréport-Terrasse, le débouché de la Bresle et la plage et les falaises de Mers-les-Bains. Le Tréport est connu pour son funiculaire de 1908, rénové en 2006, qui relie les quartiers bas au sommet des falaises

Nous voici maintenant à Eu, à 4 km du Tréport et 5 de Mers-les-Bains devant la très belle façade de la Collégiale Notre-Dame-et-Saint-Laurent
Eu est aussi connue pour abriter le château de feu le Comte de Paris, aujourd'hui devenu mairie et musée
Palais situé au cœur de la ville, le château actuel a été commencé en 1578 par Henri de Guise et Catherine de Clèves. Les travaux se sont poursuivis grâce à la Grande Mademoiselle, cousine du roi Louis XIV. Au XIXe s., il devient la résidence d’été du roi Louis-Philippe qui y reçut deux fois la reine Victoria. Longtemps demeure princière, puis royale, le château est maintenant propriété de la ville d’Eu. Depuis 1973, il abrite le Musée Louis-Philippe et aussi la Mairie
Une vue des jardins
Il est temps pour nous d'entreprendre la route du retour. Elle va d'abord passer par Étretat, encore endormie en cette fin juin. Le jour est brumeux et le soleil peine à poindre sur ce décor fameux. Nous sommes sur la Côte d'Albâtre, en Pays de Caux.  Quelques bateaux sont amarrés au pied du "perré".
La luminosité ne permet d'immortaliser que la Manneporte, la plus grande des arches, depuis l'un des belvédères. 
En poursuivant vers le sud, nous trouvons la valleuse de Jombourg où la hauteur de la falaise varie entre 72 et 85 m pour arriver à la Manneporte. La Manneporte est de l'ancien français qui signifie "grande porte". Les falaises de ce cap sont hautes de 82 à 85 m. L'arche qui perce le cap est haute de 50 m et large de 40 m. Un petit tunnel karstique de 2 m de section traverse les 19 m de l'épaisseur du jambage de l'arche.
C'est une pluie fine qui nous attend à Honfleur. Le Vieux Bassin et ses hautes maisons aux façades parfois couvertes d'ardoises, se prépare à l'affrontement France-Nigéria au stade Maracana (Brésil) trois jours plus tard, dans la coupe du monde de football 2014, en huitièmes de finale. Nous gagnerons 2-0, grâce à un but de Pogba et un contre son camp de Yobo.
Derrière les coques alignées dans le bassin, le clocher caractéristique de l'église Sainte-Catherine dresse sa flèche, comme pour veiller sur les mâts dénudés des bateaux à l'ancre.
Et voici déjà notre dernière étape : Deauville et ses célèbres planches, devant les cabines de bain jaunes et vertes, aux noms d'acteurs américains, pour rappeler le Festival du Film du même nom.
La matinée commence, dans une clarté laiteuse et, sur la plage, les parasols dorment encore, comme autant d'échassiers alignés.
Les machines ont déjà rempli leur office, nettoyant le sable de tous les déchets que des plagistes négligents y ont abandonnés la veille. Ce sera ainsi tous les jours de la saison.
Au cours de cette semaine, nous avons parcouru successivement la Côte d'Opale, la Côte picarde, la Côte d'Albâtre, pour achever ce périple sur la Côte de Grâce. Maintenant, il nous faut rejoindre la Côte d'Émeraude et la Côte de Goëlo !

 

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