Soliloques - La Fille qui dormait les yeux ouverts -Exégèse


ojoazul.jpg

Voici venu le temps de clore cette série de billets sur les nouvelles qui composent le recueil "Soliloques".

Une série en forme d'épitaphe probablement puisque son éditeur vient de mettre la clé sous la porte, le 23 avril dernier.

Avec cette disparition prématurée, "Soliloques", dans cette première édition papier, n'aura donc vécu qu'une année, un mois et huit jours.

Fin mai, nous saurons si un repreneur s'est manifesté. Très improbable, vu le passif de l'entreprise. Alors, si un éditeur, papier/numérique, passe par ici, qu'il sache que "Soliloques" est de nouveau disponible.

Mais venons-en à cette dernière nouvelle du recueil.

Il s'agit, comme l'indique l'exergue, d'un hommage au grand et prolifique écrivain uruguayen Mario Benedetti, décédé en 2009. Hommage inspiré par sa nouvelle intitulée "La noche de los feos", "la nuit des laids" (1966) qui raconte la rédemption mutuelle, si je puis dire, d'un jeune homme enlaidi par une brulure au visage et d'une jeune fille défigurée à la suite de l'ablation d'une tumeur.

C'est une situation inverse que décrit celle-ci.

Cela commence par une rencontre amoureuse, classique de nos jours, dans laquelle c'est la fille qui mène la manœuvre. Sauf que l'héroïne est aveugle et que, regard caché derrière ses lunettes noires, l'obscurité de la boîte de nuit, puis celle de la chambre aidant, le garçon ne s'en rendra compte que le lendemain matin.

Ce seul handicap aurait pu suffire à provoquer la fuite du héros. Mais vient s'y ajouter un trait d'étrangeté paradoxal qui donne à la nouvelle son titre intrigant : "La Fille qui dormait les yeux ouverts".

Ce détail troublant, ajouté à la peur de la différence, va provoquer le départ lâche et empreint de ridicule du personnage.

Que chaque lecteur s'interroge : qu'aurait-il fait dans une situation pareille ?

©Pierre-Alain GASSE, mai 2013.