samedi 11 mai 2013

Soliloques - La Fille qui dormait les yeux ouverts -Exégèse


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Voici venu le temps de clore cette série de billets sur les nouvelles qui composent le recueil "Soliloques".

Une série en forme d'épitaphe probablement puisque son éditeur vient de mettre la clé sous la porte, le 23 avril dernier.

Avec cette disparition prématurée, "Soliloques", dans cette première édition papier, n'aura donc vécu qu'une année, un mois et huit jours.

Fin mai, nous saurons si un repreneur s'est manifesté. Très improbable, vu le passif de l'entreprise. Alors, si un éditeur, papier/numérique, passe par ici, qu'il sache que "Soliloques" est de nouveau disponible.

Mais venons-en à cette dernière nouvelle du recueil.

Il s'agit, comme l'indique l'exergue, d'un hommage au grand et prolifique écrivain uruguayen Mario Benedetti, décédé en 2009. Hommage inspiré par sa nouvelle intitulée "La noche de los feos", "la nuit des laids" (1966) qui raconte la rédemption mutuelle, si je puis dire, d'un jeune homme enlaidi par une brulure au visage et d'une jeune fille défigurée à la suite de l'ablation d'une tumeur.

C'est une situation inverse que décrit celle-ci.

Cela commence par une rencontre amoureuse, classique de nos jours, dans laquelle c'est la fille qui mène la manœuvre. Sauf que l'héroïne est aveugle et que, regard caché derrière ses lunettes noires, l'obscurité de la boîte de nuit, puis celle de la chambre aidant, le garçon ne s'en rendra compte que le lendemain matin.

Ce seul handicap aurait pu suffire à provoquer la fuite du héros. Mais vient s'y ajouter un trait d'étrangeté paradoxal qui donne à la nouvelle son titre intrigant : "La Fille qui dormait les yeux ouverts".

Ce détail troublant, ajouté à la peur de la différence, va provoquer le départ lâche et empreint de ridicule du personnage.

Que chaque lecteur s'interroge : qu'aurait-il fait dans une situation pareille ?

©Pierre-Alain GASSE, mai 2013.

samedi 4 mai 2013

Soliloques - Au fond du trou - Exégèse


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Cette nouvelle a été mise en ligne en juillet 2009, mais j'ai commencé à l'écrire le 4 mars 2009.

Pas par hasard, non. Ce jour-là, en effet, la lilloise Florence Cassez, émigrée au Mexique, était condamnée en appel à 60 ans d'emprisonnement pour complicité d'enlèvement et séquestration.

En première instance, l'année précédente, elle avait été condamnée à 96 ans de détention !

Quel progrès, n'est-ce pas ?

Notre droit méconnaît fort heureusement ces peines de durée irréaliste qui existent dans de nombreux pays. L'absurdité de cette situation a été pour moi un déclencheur, outre le fait que depuis le début elle clamait son innocence et avait reçu de nombreux soutiens à sa cause.

Mais je n'ai pas voulu réduire le champ à l'évocation de l'affaire Florence Cassez, même si cette nouvelle lui est dédiée et a été directement inspirée par son histoire.

C'est de tous les enfermements de longue durée dont je voulais parler, des ressources qui font tenir ces prisonniers, des ressorts qu'ils font jouer pour ne pas sombrer complètement.

Cette nouvelle ne se prétend pas totalement réaliste. J'ai imaginé pour son héroïne une prison bien moins moderne que celle où fut emprisonnée Florence Cassez. J'espère que les Mexicains me pardonneront ce point d'inexactitude. Il m'a été dicté par le titre retenu dont le double sens, concret et moral, ne fonctionnait qu'à cette condition.

La structure retenue est toute simple, ternaire comme souvent : un début basé sur les réactions de l'emprisonnée à l'annonce de sa peine en appel, un milieu composé d'une analepse, un retour en arrière sur les événements qui l'ont amenée en prison et une fin dramatique où se fait jour le désespoir de la prisonnière, la saisie d'une mince planche de salut, pour terminer sur un appel à l'aide du lecteur, dérangeant selon certains.

Florence a été libérée le 23 janvier 2013 à la suite de l'annulation de sa condamnation par la Cour Suprême du Mexique et nous savons à présent que ce n'est pas l'écriture qui lui a permis de tenir huit ans dans les prisons mexicaines, mais la peinture.

Au bout du compte, je n'étais pas si loin de la vérité.

©Pierre-Alain GASSE, mai 2013.

vendredi 26 avril 2013

Soliloques - Le Testament - Exégèse


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Le point final à cette nouvelle a été mis en octobre 2007, époque à laquelle j'ai passé le cap des soixante ans. En écrivant sa première partie, c'est en quelque sorte à un bilan personnel auquel je me livrais par procuration. Certains y retrouveront même ici ou là des éléments d'autofiction.

J'avais depuis plusieurs mois le corps de la nouvelle, mais pas ses ressorts.

Il m'a fallu du temps avant de trouver la perspective d'outre-tombe donnée par la première phrase : "Ainsi donc, moi, Pierre Lafarge, je suis mort", qui confère à ce texte son caractère irréaliste ou légèrement fantastique, comme on voudra.

Il m'a fallu du temps encore pour trouver une chute qui fasse contre-poids au bilan de vie quelque peu prétentieux opéré par le personnage.

Et puis un jour enfin est venue l'idée de l'analepse finale et le recours comme ressort dramatique au catastrophique vol Paris-Charm-El-Cheik du 3 janvier 2004.

Le lecteur qui croyait assister à un éloge funèbre rédigé par un défunt plutôt imbu de lui-même se retrouve confronté au drame d'un père anéanti par la tragique disparition de toute sa famille.

Le discours post-mortem n'était qu'un projet de testament moral pas encore expédié et devenu caduc.

L'élaboration difficile de ce texte fait que son succès m'étonne encore. En effet, en cinq ans, elle s'est hissée au troisième rang de toutes les nouvelles que j'ai écrites.

©Pierre-Alain GASSE, avril 2013.

mardi 26 mars 2013

Soliloques - In Memoriam - Exégèse


wagon2.jpg ©Poch, 2002.

Sur la petite centaine de nouvelles que j'ai écrites depuis 1995, trois portent un titre latin, toutes figurent dans "Soliloques" et "In Memoriam" est la dernière.

Écrit en août 2006, ce texte emprunte son titre à l'expression latine homonyme que l'on retrouve fréquemment sur les pierres tombales des cimetières et ainsi "annonce la couleur", si je puis me permettre.

Mais en réalité, cette nouvelle trouve son origine dans un faits divers plus ancien, survenu à Saint-Brieuc, au port du Légué en octobre 2004 et que le journaliste de Libération Pierre-Henri Allain relatait ainsi dans l'édition du 23 de ce même mois :

"L'émotion reste vive dans la préfecture des Côtes-d'Armor, une semaine après l'évacuation musclée d'un lieu culturel alternatif, le Wagon. A Saint-Brieuc, manifestation, lettre épiscopale et pétition ont exprimé un soutien à l'association Sauce aux gravos, victime de l'expulsion. Il faut dire que les forces de l'ordre n'ont pas fait dans le détail lorsqu'il s'est agi, vendredi dernier vers 6 heures du matin, de faire table rase d'une entité qui fonctionnait depuis sept ans, organisant sur le port du Légué concerts punk-rock, ateliers dessin et théâtre (quatre créations).

La vingtaine de membres de l'association ont eu quinze minutes pour récupérer leurs affaires. L'après-midi, deux bulldozers ont tout démoli : un wagon-salle de répétition, un ancien bâtiment de gare ayant abrité des soirées cabaret et un hangar pouvant accueillir 400 personnes. «On a perdu sept ans de vie», résume Mimi, membre du groupe.

La brutalité de l'expulsion surprend d'autant plus que le Wagon devait être une transition avant une solution durable ayant fait l'objet dès 1998 d'un «projet d'habitat adapté». Qui associe la municipalité, le conseil général et la préfecture au sein d'un groupement d'intérêt public (GIP). «On a eu des tonnes de réunions, raconte Mimi. Nos propositions n'ont jamais été retenues. On connaît pourtant plein de maisons à Saint-Brieuc qui ne servent à rien.»

Même si la municipalité assure aussi avoir fait, sans succès, ses propositions, le maire, Bruno Joncour (UDF), dont c'est le premier mandat, n'a guère montré d'empressement à réaliser le projet engagé par ses prédécesseurs. La mairie évoque également des problèmes d'hygiène et de sécurité après la noyade d'un homme de 30 ans, le 11 septembre, lendemain de concert.

Une chose est sûre, la décision du tribunal administratif de Rennes ordonnant la semaine dernière «une expulsion sans délai» du Wagon a été appliquée à la lettre par le préfet. Depuis, l'association s'est réfugiée tour à tour sur un terrain vague, un terrain de football et dans une maison municipale abandonnée. Et s'est promis d'organiser, le 30 octobre, une soirée concert prévue de longue date. Des pourparlers sont en cours avec la mairie."

Dans ce cadre et ce contexte, j'ai choisi d'écrire une nouvelle sur ces jeunes que des difficultés familiales ont jeté sur le pavé, et qui vont de trottoir en squatt, privés d'amour et de repères.

Je voulais que la violence de cette situation se traduise dans le langage du protagoniste. C'est ce qui explique ce ton hargneux et agressif du début, ce rejet apparent de la famille, du père surtout.

Mais, il ne faut pas gratter longtemps pour que sous la surface d'indifférence, se fassent jour d'autres sentiments.

Dernier détail qui a son importance, l'illustration qui sert de fond à la version internet a été empruntée à une composition du graffeur Poch, réalisée en 2002 sur le wagon SNCF détruit par les forces de l'ordre et reproduite ici. Merci à lui.

©Pierre-Alain GASSE, 26 mars 2013.

mardi 19 mars 2013

Soliloques - Coup de tête - Exégèse

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"Coup de tête" est l'exemple même de la micro-nouvelle écrite à chaud.

La version originale a été mise en ligne le lendemain même de l'événement.

Par la suite, les révélations, commentaires, analyses m'ont amené à ajouter un mot à ce que je j'avais écrit pour mieux coller à la réalité des faits.

De quoi s'agissait-il ?

Cela se devine sans peine : de l'immense choc ressenti par plus d'un milliard de téléspectateurs ce 9 juillet 2006 lorsqu'ils ont vu, après un tirage de maillot, Zinédine Zidane, autrement dit "Zizou" pour nous Français, asséner un vigoureux coup de boule dans le thorax du joueur italien Marco Materazzi en finale de la Coupe du Monde de Football !

Que l'un des meilleurs joueurs de la planète, dans une rencontre décisive où il aurait pu faire la différence et apporter le trophée à son pays, se laisse aller, qui plus est, pour son dernier match en équipe nationale, à un tel geste de violence a laissé spectateurs et téléspectateurs incrédules pendant quelques instants.

Mais il a fallu se rendre à l'évidence : Zizou a écopé d'un carton rouge mérité, a été expulsé et la France battue aux penalties 3-2 par une Italie qui n'en revenait pas !

Sur une structure très simple : une anaphore rappelant un mea culpa, j'ai tenté d'imaginer les premières pensées du héros à l'issue de ce faux-pas historique.

Le titre "Coup de tête" a été préféré pour son double sens, à l'expression "coup de boule" qui a fait la fortune des frèresLipszyc et de Franck Lascombes durant l'été 2006. Car, au delà du geste interdit, c'était à une sorte de "suicide médiatique" irréfléchi que se livrait ainsi Zinédine Zidane.

Sans connaître le fin fond de l'histoire, j'avais imaginé une injure au-delà du supportable pour avoir provoqué le geste iconoclaste de Zidane. Et dans le monde méditerranéen, la pire des injures n'est-elle pas de "traiter" la mère de quelqu'un ?

La suite a révélé que c'était la sœur de Zizou qui avait été injuriée.

En conséquence de quoi ma dernière phrase est devenue : "Mais une mère, une sœur, c'est sacré, non ?"

Ce que la majorité des commentaires a confirmé sans réserves, absolvant le héros déchu.

Tel n'était pas mon objectif, bien entendu.

Trop de lecteurs en sont restés au premier degré, à une lecture passionnelle de l'événement.

Et que le sculpteur Adel Abdessemed ait immortalisé la scène en un bronze de plus de cinq mètres de haut, exposé en 2012 devant Beaubourg, ajoute encore à la confusion des genres.

Je terminerai en rappelant l'un des principes du Code Pénal français : "Nul n'a le droit de se faire justice lui-même". Fût-il Zinédine Zidane.

©Pierre-Alain GASSE, 23 mars 2013.

dimanche 10 mars 2013

Soliloques - Galerie marchande - exégèse


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"Galerie marchande" a été écrite en février-mars 2005, à la suite d'un article de Jean-Yves Manach dans Ouest-France. Le journaliste y relatait sa rencontre avec Joël, un naufragé de la vie, échoué à Quimper. Il y décrivait comment un enchaînement de circonstances adverses avait mis à la rue et désocialisé cet ancien directeur commercial. Qui passait ses journées dans une galerie marchande, avant d'aller dormir dehors dans des cartons.

L'article allait déclencher une chaîne de solidarité et permettre à Joël de rebondir, de prendre un nouveau départ.

C'est cette histoire que j'ai voulu raconter à mon tour, mais de l'intérieur, du point de vue du protagoniste.

Il fallait trouver une voix, un ton.

J'ai choisi la révolte et un langage au plus près de celui de la rue pour la première partie, qui relate la descente aux enfers du héros. Et termine sur une note très pessimiste.

Mais j'ai voulu respecter la réalité et délivrer à mon tour un message d'espoir. C'est pourquoi deux autres courtes parties prolongent ce début.

La seconde relate les circonstances de la première main tendue.

La dernière met en scène l'accueil du héros dans son nouveau travail.

J'ai essayé d'y montrer la générosité de certains, mais aussi les arrières-pensées de beaucoup et la lucidité du héros.

Dans la présentation de la nouvelle sur internet, j'ai sans doute eu tort de faire de ces deux dernières parties des lectures facultatives, laissées à l'appréciation du lecteur, qui doit cliquer sur un lien pour faire apparaître la suite.

En effet, si j'en crois les statistiques séparées mises en place pour la version espagnole, alors que la première partie totalise à ce jour 1609 lectures, la seconde n'en recueille que 239 et la dernière seulement 86 !

Les bons sentiments ne font pas recette, c'est connu. Et dans un ou deux concours, on m'a reproché cette fin optimiste, comme on l'avait déjà fait pour "Luka".

Mais je persiste et signe. Je crois donner assez souvent dans le noir pur et dur pour me permettre ces "écarts de conduite".

Qui m'aime me suive !

©Pierre-Alain GASSE, 10 mars 2013.

lundi 25 février 2013

Soliloques - Le Vent m'emportera - Exégèse


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Le 27 juillet 2003, Bertrand Cantat, le charismatique chanteur de Noir Désir, portait à Vilnius en Lituanie, des coups mortels à sa compagne, Marie, fille de Nadine et Jean-Louis Trintignant.

Le 1er août 2003, jour même de la mort de l'actrice, dans un hôpital parisien, je mettais en ligne "Le Vent m'emportera".

Ceci pour dire que cette nouvelle a été écrite à chaud, sous le coup de l'émotion.

Je suis parti d'une ébauche de texte conçue pour faire partie d'un abécédaire qui n'a jamais vu le jour. Un texte lyrique intitulé A comme Amour.

Et pratiquement d'un seul jet, nourri par les commentaires de la presse, j'ai écrit une évocation de la liaison passionnelle de ces deux artistes excessifs.

Le titre "Le Vent m'emportera" parodie un vers récurrent de la célèbre chanson du groupe intitulée "Le Vent nous portera", sortie deux ans plus tôt.

En effet, donnant directement la parole au meurtrier, il m'était difficile d'envisager une autre problématique qu'un fort sentiment de culpabilité, même si je laissais entendre que tous les torts n'étaient sans doute pas du même côté, au grand dam des féministes.

Je pensais que le protagoniste ne survivrait pas à cette épreuve, artistiquement et humainement parlant. La suite à montré que sur ce point, je m'étais trompé. Il a purgé sa peine et repris son métier.

C'est ce que Nadine Trintignant ne peut admettre.

Mais rien ne sera plus comme avant.

©Pierre-Alain GASSE, 24 février 2013

mardi 15 janvier 2013

Soliloques - Tu feras gaffe où ton cœur se pose ! - Exégèse


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Cette nouvelle a été écrite en 2002 dans le cadre du concours, cuvée 2003, de La Noiraude (le fonds de nouvelles noires de la Médiathèque de Pordic) et de La Fureur du Noir, l'association à l'origine du festival du polar de Lamballe.

Cette année-là, le thème était : "Le onzième commandement". Je ne me rappelais déjà pas les dix premiers, alors en inventer un onzième... L'inspiration a tardé à venir.

Je me souviens que les organisateurs ont tout d'abord refusé la nouvelle pour non conformité du titre. J'ai oublié ce titre impropre, mais celui que j'ai proposé en hâte avant la forclusion ne me satisfaisait pas vraiment. Sa première partie argotique était au diapason du langage utilisé par le narrateur dans le récit mais s'opposait à la seconde, métaphorique et poétique. Le choc me semblait violent. Un peu trop.

Pourtant, à regarder de près le récit de Nico, on s'aperçoit bien vite du changement de registre qui s'opère chez lui, dès qu'il parle de Maria : de cynique, il devient lyrique et en cela, ce titre, adopté en désespoir de cause, reflète bien le texte qu'il annonce.

Les vainqueurs, cette année-là, furent :

Céline FAIVRE (36) pour « Tu ne liras pas d’histoire aux vieilles personnes qui ont envie de dormir ». Perrine LE QUERREC (75) pour « Tu ne liras point par dessus l’épaule de ton voisin ». Gaëlle PINGAULT (22) pour « Tu ne te fieras pas aux apparences ». Sylvain ROSSIGNOL (53) pour « Tu ne dépasseras pas ta fréquence cardiaque maximale ». Jo-Hanna WITEK (92) pour « Tu aimeras la vie ».

On est rarement prophète en son pays.

Par contre, "Tu feras gaffe où ton cœur se pose !" a été publié en juillet 2003 sur le site "Écrits-Vains" avec de sympathiques critiques de Richard Mainville, Michelle Martinelli et Catherine Raucy. Merci encore à eux de m'avoir encouragé à poursuivre.

Je revenais d'un voyage aux Antilles et c'est ainsi que la Guadeloupe et plus précisément Grande-Terre fut choisie comme cadre de cette histoire tragique d'amour et d'amitié. Sans doute le final m'a-t-il été inspiré par une visite aux Saintes du Fort Napoléon.

mardi 1 janvier 2013

Soliloques - Ad patres - Exégèse

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Ce texte, s'il est émouvant à tirer des larmes de certains de ses lecteurs, l'est davantage encore pour moi, car il n'est rien d'autre qu'une transposition des trois dernières semaines de vie de ma mère, décédée le 21 mai 2001. Il commence avec son arrivée aux urgences et finit avec son dernier soupir.

Sa construction alterne la linéarité de ses pensées sur ce présent douloureux, avec les retours sur ses souvenirs d'un passé qui balance entre bonheurs, drames et difficultés, dans un récit teinté d'humour et d'auto-dérision.

Si noms et prénoms ont été changés, tout ce qui est dit est vrai.

C'est le récit, sans pathos ni fioritures, d'une vie de labeur d'une paysanne normande à la santé fragile, élevée à la dure et malmenée par la vie.

Une femme, privée de ses espoirs d'études secondaires pour rester fille de ferme, qui s'échappera par le mariage du bocage du Pays d'Auge pour devenir épouse d'artisan, puis commerçante. Devenue veuve à quarante-deux ans avec quatre garçons à élever, elle terminera sa carrière comme gardienne d'enfants, comme on disait encore alors.

Écrit quasiment d'une traite, finalisé presque sans retouches quelques mois après son décès, et bien que ce soient pas mes émotions - ou si peu - qui y sont transcrites, ce texte a joué un rôle cathartique évident. Dire qu'en y mettant le point final, je tournais la page de ce deuil éprouvant, serait exagéré - la blessure restait ouverte - mais il m'a grandement aidé à le surmonter.

Le titre m'a été suggéré par cette expression populaire d'"envoyer ad patres", qui signifie que l'on s'en va rejoindre les mânes de ses ancêtres. Il prétendait annoncer à la fois la fin et le détachement de la protagoniste. C'est pourquoi, j'ai souhaité lui adjoindre un sous-titre d'un autre registre, tout en sentiments retenus, qui était l'essence même de ma mère et reste sans doute la mienne.

Plus de dix ans après, dans une récente lettre pleine d'émotion, une de ses petites filles, qu'elle a élevée et qui a vécu auprès d'elle ses dernières années, me fait savoir combien j'ai réussi selon elle à me glisser dans les pensées de sa grand-mère, au point qu'en me lisant, elle croyait l'entendre !

C'est bien immodeste de le dire ici, mais tel était le but recherché. Dans le mot d'introduction de "Nouvelles, nouvelles..." n'écrivais-je pas, en 1998 : "Vous aimez les raconteurs d'histoires qui savent planter un décor et camper des personnages, les univers différents qui vous transportent hors de votre quotidien, les tranches de vie qui ont le goût souvent amer du réel. Vous attendez que d'une lecture naisse une émotion, un dépaysement, ou un écho à votre vécu... alors peut-être aimerez-vous les nouvelles qui suivent..."

Telle reste ma ligne de conduite. Mais en l'espèce, je n'y ai pas eu grand mérite. Les mots me sont venus directement du cœur. Et j'ai la faiblesse de penser qu'à travers chacune des lectures dont ce texte est l'objet, c'est un peu de ma mère qui survit, ailleurs qu'en moi.

vendredi 14 décembre 2012

Soliloques - Le Baiser de la Toussaint - Exégèse


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Cette nouvelle, écrite en décembre 1999, se situe dans le même cadre géographique que "Le Journal secret d'Alexandra", la petite ville du sud-manche où j'ai vécu la fin de mon enfance et mon adolescence.

Au-delà de la transposition des noms, les autochtones reconnaîtront aisément les lieux.

Avec "Mutatis Mutandis", c'est la seule nouvelle de "Soliloques" qui ne soit pas noire, mais romanesque, pour ne pas dire romantique.

Elle recouvre aussi une réalité. Plus fréquentes qu'on ne le croît généralement sont en effet les retrouvailles d'amours de jeunesse dont les protagonistes, après avoir vécu leur vie chacun de leur côté, initient un rattrapage du temps perdu. Avec bonheur.

Ainsi se présente-t-elle, d'une certaine manière, comme un contrepoint à "¡Adiós, Bienvenida!" et au "Journal secret d'Alexandra". Non, les histoires d'amour ne finissent pas toutes mal !

Le contexte et le titre m'ont été inspirés par le calendrier liturgique de sa période de création et la pratique post-conciliaire du "baiser de paix", accolade ou poignée de main donnée à ses proches voisins lors de l'office.

Bien entendu, ce titre enserre dans sa formulation à la fois le "baiser liturgique" des retrouvailles et les baisers amoureux qui s'en suivront...

J'ai inséré dans ce contexte un héros en recherche d'identité, qui jusqu'alors avait trouvé son salut dans la fuite et se décide enfin à assumer son histoire familiale.

C'était aussi une de mes premières nouvelles à présenter une division en chapitres, pour mieux rythmer les différents moments de la narration. Disposition que je reprendrai assez souvent par la suite.

©Pierre-Alain GASSE, 14 décembre 2012.

mercredi 5 décembre 2012

Soliloques - ¡Adiós, Bienvenida! - Exégèse

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Cette nouvelle, a été écrite en août 1999.

C'était la première fois et la seule à ce jour que j'écrivais une "road story".

Le thème est présenté par un extrait de la chanson de Georges Brassens, d'après le poème "Les Passantes" d'Antoine Pol (1888-1971). Il s'agit des rencontres amoureuses avortées, ratées, inabouties.

La troisième strophe collait en effet au contexte choisi, celui d'une rencontre lors d'un voyage et, d'autre part, la sortie de la chanson se situait à l'époque des faits relatés, le début des années 1970.

Dans sa version française, cette nouvelle présente la particularité de fournir la traduction des dialogues en castillan qui interviennent entre Bienvenida et le narrateur.

Le titre retenu - en espagnol - m'avait séduit par son oxymore, qui en deux mots résumait cette "brève rencontre".

En France, Bienvenue est un prénom fort rare, mais dans le monde hispanique, il en va bien autrement. Et ce choix m'a été inspiré par la réelle rencontre d'une autostoppeuse cubaine ainsi prénommée.

Il y a donc, dans cette nouvelle, des éléments d'autofiction. Mais, écrite plus de vingt-cinq ans après les faits et alors qu'aujourd'hui quarante se sont écoulés, je suis à présent incapable de démêler le réel du fictionnel.

Bienvenida pour moi n'est plus que son personnage. La fiction a absorbé la réalité.

Telle est "la carpintería del oficio", dirait Gabriel García Márquez,

©Pierre-Alain GASSE, 6 décembre 2012.

vendredi 30 novembre 2012

Soliloques - Le Journal secret d'Alexandra - Exégèse


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L'association des mots "journal secret" avec un prénom féminin se terminant par A suffisant à beaucoup pour fantasmer, cette nouvelle a connu son heure de gloire sur Internet. Pour de mauvaises raisons.

En effet, ce journal secret n'a rien de sulfureux et j'ai donc dû en décevoir beaucoup. Mais s'ils ont persisté dans leur lecture, peut-être auront-ils trouvé quelque intérêt à cette peinture des mœurs des années soixante-dix.

L'histoire de cette nouvelle est curieuse.

Dans les années 1990, j'avais écrit un court roman en sept chapitres intitulé "La Double vie de Jérôme Beaufils" et sous-titré "Chronique provinciale".

Il s'agissait, à travers un récit narrant des amours extra-conjugales, de dépeindre la vie dans une petite ville de province manchoise des années soixante-dix.

Refusé par divers éditeurs parisiens auxquels j'avais eu l'audace de l'envoyer, il gisait dans un tiroir.

Lorsque j'ouvris,en 1998, le site Internet "Nouvelles, nouvelles...", l'idée me vint de démembrer l'ouvrage pour en extraire des nouvelles indépendantes.

C'est ainsi qu'après quelques remaniements le premier chapitre est devenu "La Vocation de Jérôme Beaufils", le troisième "Le Journal secret d'Alexandra" et les trois derniers "Les Amants du Square Thomas Beckett".

Et, cerise sur le gâteau, vingt ans après, le chapitre 2 vient de trouver une seconde vie sous la forme d'une nouvelle intitulée "Le Pensionnaire" !

Au 31 octobre dernier, et pour autant que les statistiques soient fiables, "Le Journal secret d'Alexandra" est la seule de mes nouvelles, avec "La Petite Culotte de soie", à avoir dépassé les 10000 consultations.

Et depuis le 19 mars dernier, elle occupe donc la seconde place dans le recueil "Soliloques", paru aux Éditions Kirographaires.

©Pierre-Alain GASSE, 30 novembre 2012.

mercredi 14 novembre 2012

Soliloques - Mutatis mutandis - Exégèse


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Nous allons dans une série de mini-billets donner quelques éléments d'information et d'analyse sur les différentes nouvelles qui composent le recueil "Soliloques".

Le texte d'ouverture s'intitule "Mutatis mutandis".

Il s'agit d'une micro-nouvelle fantastique, inspirée par un opus du même genre de l'auteur espagnol Juan José Millás qui avait pour titre "La pastilla de jabón" (la savonnette) et qui fut publiée le 14 février 1992 dans le quotidien El País.

Le titre choisi est une locution latine qui figurait autrefois dans les pages roses du Petit Larousse et signifie à peu de chose près "ce qui devait être changé ayant été changé".

Alors que Juan José Millás imaginait que sa savonnette se nourrissait du corps de ceux qui l'utilisaient et croissait à leur détriment, j'ai imaginé un échange de personnalités entre deux êtres vivants : un maître et son chien, tout en respectant la structure de mon modèle, puisqu'il s'agit clairement d'un hommage.

Mais je suis allé plus loin que lui. En poussant les choses à l'extrême, lorsque le chien aura une complète personnalité humaine et son maître un vrai comportement de chien, pourquoi ne pas imaginer que le nouveau maître s'en aille avec la maîtresse de maison, tandis que le fidèle gardien du logis se résigne à sa "vie de chien" ?

Le mariage du fantastique et de l'absurde est ce qui fait tout le sel de ce court récit.

Ce texte a été écrit en espagnol en 1995 et ensuite traduit en français.